Les soft skills de demain
Au cours des vingt dernières années, nombre d’organisations internationales, commissions, gouvernements, et institutions privées ont tenté de définir les compétences requises pour relever les défis du XXIe siècle. Cynthia Luna Scott les a recensés dans un document élaboré pour l’UNESCO.
L’une de ces listes de compétences, élaborée par une coalition de dirigeants d’entreprises et d’éducateurs, a été reprise par l’OCDE et adoptée par le système scolaire américain.
Selon cette classification, les compétences-clés à développer sont les « 4 C » :
- L’esprit critique (Critical Thinking)
Afin de savoir résoudre des problèmes complexes, examiner la validité d’une information et remettre en question les idées reçues.
- La créativité (creativity)
Afin de pouvoir proposer des solutions nouvelles, innovantes face aux problèmes rencontrés, inventer de nouvelles façons de travailler, plus efficaces et, de façon générale, ouvrir de nouvelles pistes de réflexion.
Savoir communiquer, c’est–à–dire être en mesure de transmettre ses idées clairement à l’écrit comme à l’oral, de se montrer convaincant, de mener des échanges constructifs avec ses pairs.
Cette dimension concerne l’esprit d’entraide, qui permet de travailler de façon fructueuse en équipe, de s’investir dans des projets collectifs, mais aussi d’apprendre de ses pairs et de leur faire confiance.
Toutes ces compétences sont transversales, croisées, dans le sens où chacune a un impact sur l’autre et qu’il n’est donc pas possible d’établir un classement de leur importance relative. Cet impératif de polyvalence est d’autant plus exigeant qu’il ne concerne pas un ensemble de savoirs finis et implique donc de se placer dans une posture d’apprentissage permanent.
Les softs skills, un complément à l’IA ?
L’idée que la performance et la réussite d’un individu ou d’une entreprise ne repose pas seulement sur les connaissances ou l’expertise technique mais aussi sur les savoir–être comportementaux et sociaux s’est imposée à partir des années 1990. Cette émergence est étroitement liée au développement des nouvelles technologies, qui ont bouleversé l’accès à l’information, devenue moins verticale, fait surgir de nouveaux outils et méthodes de travail et transformé certains métiers en profondeur en faisant disparaître les tâches routinières.
- Ces changements inédits ont nécessité une adaptabilité comportementale accrue
D’autres mutations du même ordre sont à venir, avec le développement de l’automatisation, de la robotisation et les progrès annoncés de l’intelligence artificielle.
Dans ce contexte, comment former à des métiers qui n’existent pas encore ?
Pourquoi développer des compétences techniques qui risquent de devenir obsolètes de plus en plus rapidement ?
Les compétences sociales et comportementales échappent elles à ces incertitudes et même permettront de mieux trouver sa place dans le monde du travail de demain.
En somme, il s’agit désormais de miser, dans la formation comme dans le recrutement, sur l’ensemble des compétences impossibles à déléguer à un robot : ce qui relève de l’humain.
Soft skills et life skills
Le concept de life skills ou « compétences psychosociales » est introduit en 1993 par l’Organisation Mondiale de la Santé, qui les définit ainsi :
« Les compétences psychosociales sont la capacité d’une personne à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne. C’est l’aptitude d’une personne à maintenir un état de bien-être mental, en adoptant un comportement approprié et positif à l’occasion des relations entretenues avec les autres, sa propre culture et son environnement. »
L’OMS subdivise tout d’abord cette compétence globale en cinq paires de « sous compétences » :
- Savoir résoudre des problèmes, savoir prendre des décisions.
- Avoir une pensée critique, avoir une pensée créative.
- Savoir communiquer efficacement, être habile dans les relations interpersonnelles.
- Savoir conscience de soi ; avoir de l’empathie
- Savoir réguler ses émotions, savoir gérer son stress.
En 2003, l’OMS affine cette classification en redéfinissant trois grandes catégories de compétences :
Les compétences sociales qui concernent la communication (expression, écoute) ; la résistance à la pression (affirmation de soi, négociation, gestion des conflits) ; l’empathie ; la coopération et collaboration en groupe ; le plaidoyer (persuasion, influence)
- Les compétences cognitives
Qui concernent la prise de décision et de résolution de problème, la pensée critique et l’autoévaluation.
- Les compétences émotionnelles
Qui visent la gestion de la colère et de l’anxiété, la gestion du stress, la confiance et l’estime de soi.
- Les lifeskills
Comme leur nom l’indique, ont un cadre d’application a priori plus large que celui les soft skills, puisqu’elles s’appliquent à la vie personnelle et non plus seulement scolaire ou professionnelle.